Portrait

Portrait

Adam et Eve, créée en France en 1995, est la marque française de l’entreprise Beate Uhse fondée en Allemagne en 1946.

Beate Uhse ? C’est le nom de la fondatrice (prononcer « Béateuh Ouzeuh »). Souvenez-vous… son nom était même inscrit sur l’ancien logo d’Adam et Eve, en bas à gauche.

Mais qui est cette femme, Beate Uhse, dont on ne sait pas prononcer le nom en France ? L’histoire d’Adam et Eve est intimement liée à cette femme.

 

Nous avons le plaisir de vous faire découvrir ou redécouvrir la vie étonnante d’une femme dont le nom est toujours aussi célèbre en Allemagne (98% des adultes allemands connaissent ce nom), mais très peu en France. Vous trouverez aussi de nombreuses images d’archives parfois étonnantes sur cette femme et son entreprise.

A son entreprise, Beate Uhse aura donné son nom ainsi que son caractère.

La vie de Beate Uhse de 1919-1945

Une femme à la vie atypique

Beate Uhse en 1927

Beate Uhse en 1927

Beate Uhse, née Köstlin le 25 octobre 1919 à Wargenau en Prusse orientale, est une femme populaire en Allemagne.

Décédée à 82 ans le 16 juillet 2001 à Saint-Gall en Suisse, son parcours atypique marque profondément l’histoire de l’érotisme en Europe.

Aujourd’hui encore, elle demeure une personnalité connue, y compris de la jeune génération allemande.

Avec le cinéaste allemand Oswalt Kolle, Beate Uhse est une des personnalités allemandes qui aura le plus marqué l’histoire de l’éducation sexuelle en Allemagne.

 

 

 

Un rêve d’enfant devenu réalité

Beate Uhse pilote en 1938

Pilote en 1938

Cadette d’une fratrie de 3, elle est fille d’un fermier et d’un médecin.

Inspirée par la légende d’Icare narée par son frère, Beate se passionne dès son plus jeune âge pour l’aéronautique ; et ses parents soutiennent sa passion. Le désir de voler prend le dessus : chose rare pour une femme de cette époque, Beate rêve de devenir pilote.

1935 : Beate est fille au pair en Angleterre pour apprendre l’anglais Elle suite ensuite une formation de maîtresse de maison.

1936 : Beate embrasse le monde de l’aviation au fil des rencontres de sa jeune vie d’adulte. Beate découvre la sensation de voler à l’école de pilotage de Rangsdorf près de Berlin où elle sera la seule femme parmi 60 pilotes. Après trois semaines d’apprentissage dans cet univers profondément masculin, elle effectue avec succès son premier vol solo.

1937 : le jour de ses 18 ans, Beate reçoit son brevet de pilote.

Elle est embauchée en tant que stagiaire dans l’usine de construction aéronautique Bücker Flugzeugbau où elle papillonna entre les différents départements avant de s’initier à la voltige aérienne. Beate fait également la promotion d’avions dans différents salons.

 

Un passage éclair dans le monde du cinéma

Avant la guerre, une société cinématographique embauche Beate via l’intermédiaire de Bücker : elle est suffisamment petite et agile pour se faire discrète lors de tournages de scènes d’action dans des avions et laisser les acteurs principaux jouer leur rôle de héros, alors qu’elle pilote ou fait rouler l’avion au sol. On retrouve Beate notamment dans les films « D III 88 » (1939) et« Achtung ! Feind hört mit ! » (1940).

Toujours à la recherche de sensations fortes et d’adrénaline, Beate sera marquée par cette expérience.

 

Un mariage de dernière minute

Beate affirmait ne jamais vouloir renoncer à piloter à cause d’un homme… mais finalement céda en épousant son instructeur Hans-Jürgen Uhse dont elle gardera le nom. Son père refusa pendant un an de donner son autorisation au jeune couple.

28 septembre 1939 : le couple se maria finalement, quelques heures avant le départ de Hans-Jürgen pour la guerre dans le cadre de la procédure d’urgence dite Kriegstrauung (« mariage de guerre ») alors que le mariage n’était programmé que pour octobre.

 

Une battante

D’un point de vue personnel, la période de la deuxième Guerre mondiale est intense pour Beate.

1943 : son fils Klaut naît. Travaillant pour l’industrie de guerre, Beate est autorisée à conserver son travail et a le droit d’employer une nourrice qui garde aussi sa maison de Rangsdorf à Berlin.

Beate est engagée par Bücker en tant que pilote avec trois hommes de son usine : elle effectue la mise en vol des avions neufs ou réparés et leur convoyage. Elle effectua du 1er avril 1942 à avril 1944 le même travail pour la société Alfred Friedrich, puis pour Weser Flugzeugbau. Lors de ces vols, elle est parfois exposée aux tirs de chasseurs alliés, s’en sort toujours indemne.

Mai 1944 : son mari Hans-Jürgen meurt dans un accident. Beate est veuve à 26 ans, mère d’un enfant d’un an.

À partir du 1er octobre 1944, Beate l’aviatrice est promue au grade de capitaine du 1er escadron de convoyage, assurant ainsi les mouvements d’unités entre différentes entités (entrepôts, ateliers…).

La vie de Beate Uhse de 1945 à 1989

Une fin de guerre rocambolesque

Avril 1945 : Berlin est encerclée par les troupes soviétiques. Son escadrille est mutée vers l’ouest. Beate ne veut pas laisser son fils et la fille de 19 ans qui le garde. Elle rejoint sa maison dans Berlin en ruines et les évacue. Le petit groupe rejoint Gatow, le seul aérodrome encore opérationnel.

Un avion chargé de blessés, prêt à décoller, pourrait la prendre avec son fils mais pas la nurse. Elle reste et découvre dans un hangar un autre avion 5 places considéré comme interdit de vol par un écriteau. Avec un mécanicien de bord resté sur place, l’avion est remis en état de voler.

Beate lit pour la première fois le manuel de vol de cet avion providence qu’elle n’a jamais piloté, pendant que l’on remplit le réservoir avec 120 litres que le commandant local lui a accordés contre la promesse d’emporter deux blessés. Le 22 avril 1945 à 5h55, elle décolle avec Klaus et sa nourrice, les deux blessés et le mécanicien de bord, direction l’ouest. Son avion est l’un des derniers à quitter Gatow.

Elle arrive non sans difficulté à Leck dans le Nord de la Frise orientale (Nord Ouest de l’Allemagne). Il lui reste alors peu de carburant et doit rester à l’écart de l’aérodrome : des appareils anglais attaquent les avions allemands au sol. Elle peut enfin se poser après leur départ. Mais les troupes anglaises qui débarquent la font prisonnière quelques jours dans un camp ; elle sera relâchée après quelques jours grâce à la présence de son fils Klaus.

1946 : après son retour de captivité, elle vient habiter à Flensbourg avec son fils.

 

Une pionnière de l’érotisme

La fin de la guerre mit également fin à la carrière de pilote de Beate Uhse.

Extrait de Schrift X

Extrait de Schrift X

Pour vivre, elle se tourne alors vers le marché noir. La situation économique est catastrophique, les revenus faibles, les villes en ruines… l’avenir pour un enfant était loin d’être assuré dans l’Allemagne d’alors.

Elle rencontra de nombreuses femmes, angoissées à l’idée de tomber enceinte. Beate, sensibilisée à l’éducation sexuelle par sa famille, se mit en quête d’informations sur les méthodes de contraception. Elle conseilla les femmes sur les méthodes naturelles de contraception, comment connaitre son cycle menstruel…

1946 : elle écrit un document intitulé « Schrift X » décrivant la méthode Knaus-Ogino. C’est la première pierre de l’entreprise de Beate Uhse. Schrift X explique aux femmes comment reconnaitre les jours féconds de leurs cycles menstruels afin de limiter les grosses non désirées.

1947 : 32 000 exemplaires de « Schrift X » à 0,50 pfennig l’unité se sont déjà écoulés. Grâce au capital accumulé, elle entreprit d’étendre sa petite entreprise de vente par correspondance « Betu-Versand » à de grandes villes allemandes. Beaucoup lui écrivaient pour demander des conseils en matière de sexualité, mais aussi d’érotisme.

 

 

Extraits d’anciens catalogues et publicités de Beate Uhse

 

1948 : Beate se marie avec l’homme d’affaires Ernet-Walter Rotermund. Pour l’anectode, « Rotermund » signifie « bouche rouge » en français. Avec son aide, Beate élargit sa gamme de produits et commence à vendre notamment des préservatifs.

1951 : l’entreprise se nomme « Versandhaus Beate Uhse » au registre de commerce de Flensburg.

1952 : le catalogue comprend 8 pages. On y trouve : livres à propose de l’éducation sexuelle, préservatifs, crèmes intimes… Évidemment, ces produits visaient le sexe dans le cadre du mariage… et rien n’était expliqué en détail.

1953 : Ulrich, son deuxième fils, vient au monde.

1960 : Beate, naturiste pratiquante, devient membre de l’association allemande de naturisme.

 

L’ouverture du premier « sexshop » au monde en 1962

1962 : quelques jours avant Noël, elle ouvre à Flensburg un magasin spécialisé alors appelé « institut pour l’hygiène du couple » ; considéré comme le premier sexshop du monde. On y trouve alors de la lingerie, des magazines, des livres, des contraceptifs, des stimulants… les films érotiques n’étaient pas encore disponibles à ce moment là.

 

 

 

 

 

 

La date d’ouverture n’est pas hasardeuse : les gens en colère n’oseraient pas attaquer le magasin avant les fêtes, et après les fêtes les perturbations se tasseraient.

De nombreuses plaintes sont déposées à l’encontre du magasin. La police donne suite, craignant que les articles proposés ne servent à « exacerber et satisfaire la sensualité de manière contraire à la nature, à l’ordre et aux bonnes mœurs. ».

Dans les magasins, le personnel était habillé en blanc, l’atmosphère sobre et pudique. Les articles étaient présentés dans des boites, avec une description et un numéro. Le client prenait le numéro et pouvait retirer discrètement sa commande à la caisse : personne ne voyait ce qui était acheté.

Reportage sur Arte TV : Flensburg, là où naquit le premier sex-shop du monde

Jusqu’en 1992, plus de 2000 plaintes sont déposées contre l’entreprise. Elle gagna pratiquement tous les procès.

Sa passion, le tennis

Sa passion, le tennis

De nombreuses plaintes eurent une incidence sur sa vie, comme le refus de son admission au club de tennis de Flensburg pour « réserves d’ordre général. ».

1971 : la demande des clients est énorme. Beate ouvre une chaine de magasins, on en compte alors 25 en Allemagne.

1972 : Beate réalise son vieux rêve : elle achète son premier avion.

 

 

 

Beate Uhse dans son environnement de travail

1975 : Jusqu’alors, les articles éducatifs et de contraception étaient parmi les principaux produits de l’entreprise. Une fois que la pornographie devient légale au milieu des années 1970, l’industrie du sexe explose en Allemagne et les magasins de Beate uhse ouvrent un peu partout.

Le succès au rendez-vous

1979 : Beate divorce de son deuxième mari, Ernst-Walter Rotermund (mort en 1989).

1980 : « Versandhaus Beate Uhse » devient « Beate Uhse ». Beate retient le nom de son premier mari, plus court.

1981 : la société Beate Uhse devient une AG (Aktiengesellschaft, équivalent français du SA) et plusieurs unités commerciales voient le jour. Les fils de Beate Uhse-Rotermund, Klaus et Dirk, dirigent la partie vente à distance et ditribution, tandis qu’elle gère les magasins et la vente de gros avec son fils Ulrich.

1983 : alors âgée de 64 ans, elle est atteinte d’un cancer de l’estomac qu’elle vaincra.

1989 : Beate Uhse est décorée de la Croix de Chevalier de l’ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne.

 

La vie de Beate Uhse de 1989 à sa mort en 2001

La réunification de l’Allemagne et un nouveau souffle pour la carrière de Beate Uhse

Camion de distribution du catalogue Beate Uhse après la Chute du Mur de Berlin

Camion de distribution du catalogue

18 novembre 1989 : quelques jours après la chute du Mur de Berlin, Beate Uhse prend la tête d’un convoi de douze bus en direction de la RDA pour distribuer 600 000 catalogues et enregistrer des milliers de commande : à cette époque, l’industrie du plaisir pour adultes n’existait pas en Allemagne de l’Est.

 

Pour faciliter l’expédition du convoi vers l’Est, des petits cadeaux coquins ont été offerts aux gardes de la frontière. Une fois à l’Est, les employés de Beate Uhse avaient souvent des difficultés à faire leur travail car les système de communication étaient quasi-inexistants.

1990 : Beate Uhse connait un développement important suite à la réunification du pays.

 

Une femme toujours active et récompensée jusqu’à sa mort

1984 : à l’âge de 75 ans, Beate passe son brevet de plongée sous-marine.

1996 : Beate réalise enfin un autre rêve en ouvrant un musée de l’art érotique (Beate-Uhse Erotikmuseum) au centre même de Berlin près du Zoo. Ce musée, dédié à l’érotisme et à la vie de Beate Uhse, est toujours ouvert au public.

 1999 : son entreprise est cotée en bourse en Allemagne au Frankfurt Stock Exchange. Les titres sont très demandés à cause de la représentation de deux femmes presque entièrement nues.

La même année, Beate Uhse AG approche la société de vente à distance néerlandaise Pabo BV fondée par Patrick et Adrie Boddaert en 1984.

Beate Uhse AG devient alors le leader européen de l’industrie érotique.

La même année encore, Beate Uhse est nommée citoyenne d’honneur de la ville de Flensbourg.

Citoyenne d’honneur de Flensbourg

 

2000 : à l’âge de 81 ans, Beate Uhse reçoit un Hot d’Or d’honneur de la 9ème cérémonie du genre à Mandelieu près de Cannes.

Juillet 2001 : Beate Uhse décède dans une clinique suisse des suites d’une pneumonie aggravée. Elle est inhumée au cimetière de Glücksburg en Allemagne (près de Hambourg).

Femme controversée, Beate Uhse a connu une vie hors du commun.

Elle profita de la vie jusqu’à ses derniers instants, qu’elle finira d’ailleurs auprès d’un afro-américain plus jeune d’une génération.

 

Après la mort de Beate Uhse

2002 : en mémoire de Beate, la société Beate Uhse annonce le vainqueur d’un premier « Female Entrepreneur Award », recevant une somme de 10 000€.

La même année, l’entreprise a un nouveau logo avec le nombre 69 avec le slogan « sex-up your life ».

Siège et centre logistique de Beate Uhse aux Pays-Bas

Siège et centre logistique de Beate Uhse aux Pays-Bas

2003 : le site adameteve.fr est lancé.

2006 : le nouveau centre logistique est opérationnel à Walsoorden, aux Pays-Bas. Jusqu’à 42 000 colis peuvent être expédiés chaque jour.

2011 : la chaîne allemande ZDF dédie une soirée thématique sur la vie de Beate Uhse avec un film documentaire.

 

 

2014 : Beate Uhse change de logo et s’affiche à la télévision allemande.

Et après : l’histoire continue.

 

Beate-Uhse-logo

Logo d'Adam et Eve (2014)

 

 

Livres intéressant de Beate Uhse ou à propos d’elle

Livres et documentaires video peuvent se trouver sur Internet.

Exemples :

Livre de Beate Uhse

Livre de Beate Uhse

Ich will Freiheit für die Liebe –
Die Autobiographie – Beate Uhse –
Econ Ullstein List Verlag 2001
Histoire de l’entreprise de Knaus-Ogino à l’introduction en Bourse en 2001.

Ganz persönlich – Reinhold Beckmann-
Rowohlt Taschenbuch Verlag 2005
Interview de Beate Uhse par Reinhold Beckmann à propos de sa vie.

Sex sells – Beate Uhse –
Droemersche Verlagsanstalt Th. Knaur Nachf. 2002
Un succès sur un marché difficile.

Brilliante Bilanzen – Fünf Unternehmerinnen und ihre Lebensgeschichte – Magdalena Köster –
Beltz und Gelberg Verlag 2005
Comment Beate uhse a construit son entreprise.