Interview : le créateur de gentledom.de

Nous attendons tous avec impatience le film tiré des romans « Cinquante nuances de Grey » (EL James, édition JC Lattès) que nous espérions ardemment et qui sera prochainement diffusé sur les écrans de cinéma. Mais au fait, dans quelle mesure le bestseller SM est-il réaliste ? Qui d’autre qu’un véritable Dom est la personne la mieux placée pour nous répondre ? Le « Gentledom » est âgé de 37 ans, il est juriste et exploitant du site Web éponyme qui explique de manière détaillée en quoi consiste le BDSM. Durant notre interview exclusive, il nous a livré des indications sur les différentes facettes d’un véritable M. Grey…

Adam et Eve : entretien avec Gentledom.de

Oui, Maitre

Adam et Eve : Pourquoi as-tu créé le site Gentledom.de ?

Gentledom : La raison secrète à cela est vraiment triste. En l’espace de quelques semaines, deux de mes connaissances qui sont soumises actives, ont été abusées. J’ai donc pris la décision d’expliquer en quoi consiste le BDSM et en particulier d’expliquer l’importance de la sécurité. J’ai donc rempli les pages d’articles spécialisés et de matériaux qui expliquaient comment tout mettre en œuvre de manière technique et correcte. Étant donné qu’auparavant je travaillais dans les relations publiques, j’ai rapidement réalisé que l’information pure n’atteint qu’une faible proportion de personnes, c’est pourquoi j’ai décidé de proposer de l’infotainment qui englobe de manière intéressante les informations et le divertissement. De cette idée est né le projet et depuis il est possible de trouver sur le site des articles spécialisés et des interviews, ainsi que de très nombreux récits BDSM et une communauté. Nous sommes cependant restés fidèles à l’idée de fournir des explications. Les récits ne doivent non seulement divertir mais également être informatifs. La communauté est composée de parrains qui accompagnent sur demande les novices en BDSM et qui les conseillent.

Adam et Eve : Pourquoi Gentledom ? Qu’est-ce qui te rend aussi « gentil » ?

Gentledom : Il m’aurait été plus facile de répondre à la question de savoir ce qui m’a fait devenir un Dom. Du point de vue linguistique, le mot « gentle » est le mot le plus fréquemment utilisé en anglais et signifie « digne d’être aimé » et « complaisant ». Je pense que cela décrit très bien l’exigence que j’ai envers moi-même. Je veux être cohérent dans mon rôle de Dom, mais je suis également une personne courtoise, et mes bonnes manières en-dehors de la chambre à coucher sont très appréciées et récompensées. En particulier dans un partenariat, je récompense beaucoup plus que je ne punis. Parce que punir signifie pour moi une véritable punition et ne représente pas un jeu épanouissant. Si l’on est actif mais cohérent dans son rôle, il est assez rare que l’on ait à punir et il est davantage possible de veiller à ce que les deux parties prennent du plaisir pendant le jeu. Si je suis à la hauteur de mes ambitions en tant que personne gentille ou même en tant que Dom, les autres devraient m’apprécier davantage.

Monsieur

Adam et Eve : Quand t’es-tu rendu compte pour la première fois de ton penchant et comment l’as-tu géré ?

Gentledom : Le BDSM est venu à moi naturellement. Du point de vue de la sexualité, j’étais plutôt en retard et c’est justement à l’âge de 22 ans que j’ai commencé à découvrir ce qu’était le plaisir quand j’ai rencontré une femme qui a plus vu en moi un beau jeune homme que celui que j’avais vu jusqu’à présent dans le contexte de la sexualité. Pourtant, je ne ressentais aucune tension et j’ai pu accepter très rapidement mon penchant sexuel. Cependant, ce qui a dû changer avec le temps est mon attitude envers la personne avec qui je pratique mon BDSM.

Adam et Eve : Comment se sont passées tes premières expériences dans le domaine du BDSM et comment ton attitude a-t-elle changé ?

Gentledom : Pour moi, les nouvelles impressions étaient incroyablement excitantes, mais je me trouvais également face à un obstacle émotionnel. Au cours des premières années, je ne pouvais pas imaginer frapper ou humilier la personne que j’aime. J’étais très heureux que la femme que j’avais rencontré plusieurs mois après ma première expérience BDSM et avec qui je suis resté presque six ans, m’ait donné les libertés nécessaires pour assouvir mon penchant. Pendant que j’explorais ma passion, il n’existait pas encore de sites de rencontres BDSM et il n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui de découvrir cette pratique. Heureusement, je suis un homme communicatif. À un moment donné, j’ai eu le sentiment que les femmes sont ouvertes à de tels jeux.

Quelques semaines après m’être séparé de ma partenaire de l’époque, j’ai eu une aventure avec une femme plus jeune et j’étais fou amoureux d’elle. Je me suis alors rendu compte pour la première fois à quel point l’association de notre amour avec le BDSM pouvait être intense et belle. Pendant des années, il a été clair pour moi que je n’entretiendrais plus aucune relation sans pratiquer le BDSM.

Je n'ai pas été sage

Adam et Eve : Comment se déroule une session dans ton cas ?

Gentledom : Je ne suis pas de schéma bien défini. C’est une sorte de danse commune et le plaisir commun, le lieu et de nombreux autres facteurs déterminent la cadence ainsi que les mouvements. Dans certaines de mes relations, j’ai eu l’occasion lors de nombreuses sessions de mettre un collier à ma partenaire. Et dans d’autres, c’était plus rare, ou je ne l’ai pas fait du tout. Le BDSM résulte en un jeu regroupant deux personnes voire plus, et par conséquent on repart de zéro à chacune de ces relations. Personnellement le sexe me procure énormément de plaisir, à savoir le jeu mêlant le plaisir, l’excitation et le déni, l’avilissement et le pouvoir, la notion de posséder l’autre – dans toute la mesure qui m’est permise naturellement. Le jeu où il est question d’allier souffrance et plaisir dépend avant tout de ma partenaire et de l’intensité à laquelle je le pratique. Si elle est masochiste et peut transformer la souffrance en plaisir, alors j’agite bien volontiers le fouet. Si elle ne le peut pas, je considère cela uniquement comme un moyen de sanctionner.

Adam et Eve : Peux-tu une fois encore entrer dans les détails ?

Gentledom : Une session peut être le moment où nous rentrons chez nous le soir et alors que nous nous trouvons derrière la porte de l’appartement, je lui donne une gifle plutôt qu’un baiser et la presse au sol pour qu’elle me satisfasse. Mais aussi le moment où je l’attache dans la salle de jeux, lui bande les yeux, la bichonne avec de la cire de bougie et une verge et ne cesse pendant ce temps de la stimuler sexuellement, mais sans venir, et à la fin je tombe sur elle parce que je veux enfin être en elle et également jouir en elle.

Fais de moi ce que tu veux

Fais de moi ce que tu veux

Adam et Eve : Ton rôle de Dom a-t-il des conséquences sur ta personnalité de tous les jours ? Es-tu également au quotidien un homme dominant ?

Gentledom : J’appartiens volontiers aux personnalités plutôt dominantes, dans le sens où j’essaie la plupart du temps de convaincre et de captiver les gens. Professionnellement parlant, ce serait un problème pour moi si en tant que juriste je ne pouvais pas m’imposer. Quand des personnes me fréquentent en-dehors du travail, ces dernières ne se doutent absolument pas que je puisse être un Dom dans le contexte BDSM. En revanche, je ne me prends pas trop au sérieux et ne me sers d’aucun des stéréotypes typiques auxquels nous, sadomasochistes, sommes associés.

Adam et Eve : Si tu rencontres une femme, à quel moment et comment lui parles-tu de ton penchant ?

Gentledom : Encore une fois, je n’ai aucun plan prédéfini. Mais dans certaines situations, j’ai eu à en parler plus tardivement. Si j’éprouvais un intérêt sexuel envers elle, alors je lui en parlais avant le premier baiser. Je me connais, je connais mon goût pour le sexe et je sais qu’un baiser peut vite conduire à un petit jeu. Si la femme semble être une partenaire pour la vie, j’aborde alors le sujet un peu plus tardivement, lorsque nous signalons tous deux un intérêt sérieux l’un pour l’autre. Toute autre approche serait déloyale.

Adam et Eve : Peux-tu imaginer avoir une relation avec une femme non soumise, par ex. qui n’a jamais entendu parler du BDSM ?

Gentledom : Oui, bien sûr. Dans une relation, les facteurs comme la loyauté, une attitude positive vis-à-vis de la vie ou également des perspectives communes jouent, pour moi, un rôle beaucoup plus important que la fonction de « soumis sexuel ».Pour moi, le BDSM n’est pas la seule pratique sexuelle qui rende heureux. Je peux également prendre beaucoup de plaisir en pratiquant le sexe vanille et ce dernier me manquerait dans une relation d’amour si notre sexualité ne tournait qu’autour du BDSM. Le sommet de mon art est maintenant derrière moi. Il y a sept ou huit ans, quand mon penchant pour le BDSM était à son maximum, je ne pouvais pas imaginer vivre une relation sans BDSM. Le BDSM me fascine toujours autant, et même dans un contexte sexuel où il joue un rôle important et non pas un rôle primordial dans une relation, je peux m’en passer sans problème. Si ma prochaine partenaire n’a pas la fibre d’une personne soumise et m’interdit d’assouvir mon penchant avec quelqu’un d’autre, il faudra au moins qu’elle soit ouverte sexuellement parce que je fais toujours l’amour avec plaisir et pas uniquement dans la chambre à coucher sous une couette chaude.

Soirée privée

Adam et Eve : Dans quelle mesure le roman « Cinquante nuances de Grey » (EL James, édition JC Lattès) est-il réaliste ?

Gentledom : Je n’ai pas lu le livre mais dans quelle mesure l’histoire d’un milliardaire de 27 ans agissant tel un démon et ressemblant à un dieu peut-elle être réaliste ? Je sais que le livre n’a pas été épargné par les critiques émises au sein de la scène et également par les critiques littéraires. Mais il s’agit d’un roman grand public et non pas d’un ouvrage spécialisé sur des pratiques BDSM quelconques. De toute façon, je ne fais pas confiance au lectorat de ce genre de livres pour différencier et mener une réflexion critique sur ce qui, parmi les jeux présentés, pourrait les attirer en réalité.

Adam et Eve : La perception du BDSM a-t-elle évolué suite au succès du film ? La société l’accepte-t-elle davantage ?

Gentledom : Absolument et j’en suis vraiment reconnaissant à l’auteure. Grâce à elle, le BDSM se trouve au cœur de notre société, ce qui favorise l’acceptation et encourage une proportion plus importante de personnes à explorer leurs besoins latents. Toutefois, d’un point de vue critique, je vois que « Cinquante Nuances de Grey » manifeste des stéréotypes peu plaisants et superflus. Seule Anastasia est en mesure de guérir cet homme haut en couleurs et pourtant si vulnérable. Ceci dit, en dépit de son rôle de soumise, elle est une héroïne qui permet au héros d’accepter enfin le destin qu’il avait renié toute sa vie. Il est plus fréquent que des personnes complexées et ayant eu une enfance difficile deviennent sadomasochistes plutôt que non-sadomasochistes, mais en ce qui me concerne, j’ai vécu une enfance très belle et épanouie.

Accessoires BDSM

Adam et Eve : Pourquoi tout le monde veut depuis s’essayer au BDSM ?

Gentledom : Le BDSM était déjà ces dernières années un sujet au cœur de la société et à présent il fascine énormément parce que, d’une certaine manière, le BDSM est un sujet tabou sans vraiment en être un. En fin de compte, on peut être pervers sans en avoir honte. En outre, il retient énormément l’attention des médias et suscite naturellement la curiosité. Cependant, je crois qu’il est rare qu’une personne peu lubrique s’essaye au BDSM. Pour beaucoup, tout ce battage médiatique n’a peut-être été que l’élément déclencheur qui a permis de l’accepter. Sans un élément déclencheur externe, j’aurais à peine découvert par moi-même le BDSM il y a 15 ans.

Adam et Eve : Alors tout le monde devrait s’essayer au BDSM au moins une fois dans sa vie ?

Gentledom : Quiconque éprouve du plaisir et a un partenaire en qui il a vraiment confiance. Malheureusement, à ce stade, je me dois d’émettre une réserve. Les personnes qui ont par le passé été violentées et qui ne se sont pas encore libérées de cette expérience traumatisante ne doivent pas pratiquer ce genre de jeux. Le BDSM n’est pas un traitement et ne le remplace aucunement. Tous les autres doivent vivre leurs fantasmes. Si les menottes et les jeux de rôles ne suffisent pas, il faut néanmoins garder les aspects de sécurité à l’esprit pour que cela ne se retourne pas contre soi. Quiconque souhaite obtenir ou échanger des informations, faire des suggestions ou est à la recherche d’un partenaire BDSM est le bienvenu pour visiter notre communauté.

Adam et Eve.

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